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Dans son n° 5 [http://ideo.revues.org/321], Impressions d’Extrême-Orient avait déjà abordé la nostalgie qu'on pouvait éprouver en se remémorant les saveurs des plats dégustés dans un passé révolu. La revue en ligne de l’axe de recherche « Littératures d’Asie » de l’Institut de recherches asiatiques (IrAsia) veut à travers ce nouveau numéro approfondir cette approche de l'évocation des sentiments nés du souvenir nostalgique, mais aussi ouvrir un nouvel espace d’exploration, celui de l’utopie et ainsi donner aux « mondes perdus » et à leurs évocations littéraires, un contre-point thématique, celui des « mondes rêvés ».
Mondes perdus, mondes rêvés
Comme l'écrivait Blaise Pascal (1623-1662), « que chacun examine sa pensée, il la trouvera toujours occupée au passé et à l'avenir » (Blaise Pascal, Pensées, 1670), c'est pourquoi, de tout temps et en tout lieu, l'avenu et l'avenir sont au cœur des préoccupations humaines. Insatisfaits du monde qui nous entoure, nous marchons sur la route où se mire l'oubli de l'actualité, tous en quête de l'équinoxe où nos rêves compenseront notre réalité. Que du feu de notre quotidien, nos rêves soient l'étincelle ou la braise, voilà qui n'a guère d'importance ici, pour ce nouveau numéro de la revue d’Impressions d’Extrême-Orient, puisque tous deux ont coexisté à travers les âges et les frontières.
De La République de Platon (428-347 av. J.-C.) à Utopia (1516) de Thomas More (1478-1535), en passant par Les Villes invisibles (1972) d'Italo Calvino (1923-1985), nombre de littératures se sont perdues dans des mondes rêvés ; du Voyage au centre de la Terre (1864) de Jules Verne (1828-1905) au Sixième continent (1918) d'Edgar Rice Burroughs (1875-1950), en passant par Horizon perdu (1933) de James Hilton (1900-1954), ont rêvé à des mondes perdus. Mais qu'on ne s'y méprenne pas, ces mondes rêvés peuvent aussi bien dépeindre des utopies aux réalités idéales et sans défaut que des utopies dysfonctionnelles virant au cauchemar. De même, ces mondes perdus peuvent à la fois désigner la nostalgie éprouvée envers ces mondes eux-mêmes, aussi bien que celle ressentie envers ce et ceux qui les composent, tels que des événements, des lieux, des traditions ou des êtres qui ne sont plus.
Au Japon des temps anciens, existait une croyance populaire d’un monde éternel appelé Tokoyo 常世. Des Chronique des choses anciennes 古事記du VIIIe siècle, en passant par la légende d’Urashima dans le recueil des contes Otogi-zōshi 御伽草子, jusqu’aux passages fréquents dans une sphère différente XX 異界 chez Murakami Haruki 村上春樹, de nombreuses thématiques romanesques s’inspiraient et s’inspirent toujours d’un monde de l’au-delà et la frontière de celui-ci .
Bien entendu, les littératures d'Asie ne font pas exception, puisque ces mondes, qu'ils soient rêvés ou perdus, ont également été l'objet de nombreux écrits. On pense notamment, pour le cas de la Chine, au « monde de la grande unité » confucianiste, le Da tong 大同 de Kang Youwei 康有為 (1858-1927), à La Source des fleurs de pêchers, le Taohua yuan ji 桃花源記 de Tao Yuanming 陶淵明 (vers 365-427), qui reprend l'idéal taoïste ; ou encore au concept de la « terre de Bouddha » bouddhiste, Jingtu 净土.
On explorera à travers des textes, de natures diverses et de toutes les époques, ces madeleines proustiennes et ces Shangri-la hiltoniens qui peuplent la littérature asiatique. Aucune restriction ne sera appliquée au choix des textes que nous publierons, sinon, la nécessité d'avoir été traduits avec respect, présentés de manière pertinente, et d'illustrer un aspect du thème : Mondes perdus, Mondes rêvés d’Asie. Le thème pourra être envisagé selon différentes perspectives : celle de l’évocation d’un âge d’or, d’êtres chers ou de lieux disparus, voire même de traditions anciennes qui n’ont plus cours ; on pourra également l’envisager sous l’angle de la nostalgie d’un paradis perdu ou celle que l’on ressent lorsqu’on se remémore son pays natal.
On pourra donc proposer la traduction de textes, ou d'extraits d'œuvres qui s’inscrivent dans ces descriptions. Puisque « la nostalgie d’un autre monde est le premier rêve de l’humanité » (Marcel Schneider, La Branche de Merlin, 1962), les littératures de l’imaginaire ont donc aussi une place de choix dans ce thème, puisque, par exemple, les utopies et dystopies (et tous leurs dérivés) conviennent relativement bien au sujet, avec leurs rêves d’un passé ou d’un avenir meilleur, ou, pour la dystopie, leurs cauchemars que représentent ces extrapolations de nos sociétés actuelles. L’uchronie a également sa place ici, en imaginant un passé et un présent et/ou futur autre que le nôtre. N’oublions pas non plus la fantasy, qui avec ses univers atypiques ne cesse de susciter chez ses lecteurs émerveillements et rêveries. Libre à chacun, donc, d’interpréter le thème du septième numéro d’IDEO. De la littérature dite « réaliste » jusqu’aux « littératures de l’imaginaire », en passant par des œuvres plus spirituelles et philosophiques, tout « genre » a sa place ici.
Chacun est donc appelé à nous faire rêver ou cauchemarder, à faire revivre des souvenirs enfouis ou à retracer des événements qui ont ou n’ont jamais été, à évoquer la nostalgie des instants perdus ou, au contraire, à donner à nos âmes la nostalgie de pays et de bonheurs inconnus à travers des traductions de textes issus de la riche littérature asiatique.
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Comments (1)
François Dubois said
at 11:00 pm on Nov 7, 2017
Il faut mettre le passage en rouge après le paragraphe "bien entendu, les littératures d'Asie ne font pas exception" (puisqu'il traite du Japon) - je ne vois pas comment copier/couper?
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